“les Baigneuses”
huile sur toile, 1919
format 196 x 120 cm


Un grand format rare et ambitieux, où l’iconographie balnéaire moderne rencontre la monumentalité du retour à l’ordre de 1919
Un peintre rare de la Grenoble moderne
Les Baigneuses (1919, huile sur toile, 120 × 196 cm) est l’œuvre de François Flandrin, dit Henri Franck (Grenoble 1877 – Corenc 1957), peintre grenoblois discret, vraisemblablement frère cadet de Jules Flandrin, l’élève de Gustave Moreau et condisciple de Matisse, dont il aurait pris ses distances patronymiques en adoptant un pseudonyme. Il signait ses toiles du monogramme « F.F. » suivi de la date, comme ici en bas à droite. Peu documenté et rarement exposé, il fait de ce grand format à figures une pièce vraisemblablement majeure de sa production.
Deux figures monumentales face à la mer
Deux baigneuses en maillot noir et bonnet, presque grandeur nature, forment un couple sculptural : l’une de face, bras croisés, au regard direct et frondeur ; l’autre de dos, la main portée à l’épaule. Le contraste face/dos, dispositif classique du thème depuis la Renaissance, offre la figure sous tous ses angles comme une ronde-bosse. La ligne d’horizon haute et l’espace simplifié en trois bandes (sable rosé, mer verte, ciel poudré) concentrent toute l’attention sur les corps.
L’esprit de 1919 : le retour à l’ordre
Peint au lendemain immédiat de la Grande Guerre, le tableau est un document exemplaire du « retour à l’ordre » : après les audaces fauves et cubistes, la génération de 1919 revient au dessin, au volume et à la monumentalité classique. Les corps sont modelés par larges plans, les contours fermes, les anatomies volontairement épaissies et terriennes, une présence physique assumée qui refuse la joliesse.
Une harmonie feutrée
Le noir des maillots se découpe sur le rose poudré du ciel et du sable, le vert sourd de la mer et les chairs d’ivoire, réveillés par l’orangé d’une chevelure et le bleu ardoise d’un bonnet. Une gamme mate, crépusculaire, aux antipodes de l’éclat impressionniste.